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 [Chronique] PTU

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Sasuke
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MessageSujet: [Chronique] PTU   Lun 21 Nov - 13:37

Comme d'habitude, on commence la semaine avec une chronique... Et aujourd'hui, voici l'avis de Rogue sur Police Tactical Unit !



A Hong Kong, en pleine nuit, le sergent Lo (Lam Suet) perd son arme après une altercation avec les membres d'un gang. Craignant la mise à pied, il ne prévient pas sa hiérarchie mais avertit son ami, le sergent Mike Ho (Simon Yam), chef de la patrouille PTU (Police Tactical Unit), une unité spéciale. Fort de son esprit d'équipe, le sergent Ho promet de retrouver l'arme avant la fin de la nuit, et part à sa recherche avec la PTU. Cependant, le fils du chef d'une triade est assassiné, si bien que le milieu de la mafia est dans tous ses états. Les choses dégénèrent et la PTU aura fort à faire dans un Hong Kong vidé de ses habitants, un dimanche soir...

« Quoiqu’il advienne, c’est de rentrer chez soi qui importe ».

Dans Breaking news, Johnnie To a voulu la jouer grand public. PTU renverse complètement la tendance en étant intimiste à outrance. Pourquoi donc à outrance ? Parce que l'aspect très personnel de PTU est à la fois sa plus grande qualité et son plus grand défaut, faisant osciller le film entre maladresse et perfection.

L'idée de départ est excellente : gérer une bavure en quelques heures. Johnnie To ose la mise en place d'une unité de temps et de lieu : on ne s'aventurera jamais au-delà d'un certain périmètre, celui d'un quartier de Hong Kong désert, puisque l'intrigue prend place un dimanche dans la nuit. Un Hong Kong désert ? Comment est-ce possible ? L'équipe de Johnnie To a-t-elle donc conçue dans des studios une mini-cité reproduisant des ruelles de la mégapole rien que pour ce film ? Pas vraiment. Et pour cause : les efforts consentis lors du tournage sont mémorables. En réalité, pour saisir un Hong Kong vide, toute l'équipe s'est réunie tous les dimanches à la nuit tombée, et ce durant un an et demi, le seul moment de la semaine où les magasins sont fermés pendant quelques heures, le seul moment de la semaine où les rues ne sont pas remplies de monde.

L’histoire permet au réalisateur de se livrer à un chassé-croisé regroupant tous les éléments du genre, mais lui permettant en plus de cela d'apposer sa marque : éclatement des triades dans les bas-fonds hong-kongais, rivalité au sein de l'institution policière, carte postale d'un Hong Kong où règne le tout-sécuritaire, corporatisme et esprit de groupe, méthodes policières non conventionnelles allant bien au-delà de la légalité. L'originalité du film est de ne pas se concentrer sur la déconvenue du sergent Lo qui a perdu son arme ou les triades qui s'échauffent, mais sur le quotidien vespéral de la police hong-kongaise. Cela est hélas le plus gros avantage de PTU et son inconvénient le plus dommageable. Johnnie To nous égare volontairement dans le quotidien de la PTU. Il est d'ailleurs très intéressant de retrouver une unité spéciale qui s'occupe des tâches ingrates (maintien de l'ordre public), là où beaucoup d'autres réalisateurs épuisent la crim' ou les stups jusqu'à plus faim. Cependant, PTU fait parfois plus office de coup d'essai que de véritable maîtrise narrative. En s'égarant de l'arme perdue, les situations ne sont en effet pas toujours claires, le rythme est inégal, on s'ennuie un peu. Mais le comble est de ressentir une confusion entre les personnages, puisque les dialogues sont volontairement pauvres et qu'on ne comprend souvent à qui on a affaire que quelques minutes plus tard. Le jeu des devinettes a ses limites. A titre de comparaison, Johnnie To a maîtrisé cet aspect de façon beaucoup plus impressionnante dans Election I et II.

Pour autant, PTU demeure très agréable en ce qu'on entrevoit bien la malice de Johnnie To qui explosera dans ses oeuvres postérieures. Le réalisateur profite de ce film pour imposer quelques nouveaux éléments dans le genre. PTU semble emprunter au thriller sud-coréen plus qu'aux polars traditionnels hong-kongais, avec des personnages peu loquaces, un certain voyeurisme dans une violence un peu trash, l'ensemble suintant le réalisme. Relevons la scène la plus marquante du film, qui n'en comporte que très peu, prenant place dans un sous-sol où se situent des cages... et l'on n'en dira pas davantage. Le savoir-faire de To permet en tous cas au film d'être totalement imprévisible, ce qui est un très bon point.

L'influence de Sergio Leone est évidente, car le rythme de PTU est lancinant, l'action est suspendue puis retrouve son paroxysme, le ridicule né d'un humour typiquement Johnnie To complète une intrigue savante. Attardons-nous d'ailleurs sur l'humour, réussite du film, tout en contraste avec les situations rencontrées. Chaque apparition du sergent Lo peut être l'occasion d'une nouvelle référence à la BD ou aux vieilles séries comiques (sans vous spoiler : la peau de banane, idée osée mais géniale). La symbolique des objets, clefs de l'intrigue (un pistolet, puis un portable), est de même très intéressante. Bref, la richesse de ce PTU est épatante.

Esthétiquement, on aime ou on déteste. Le maniérisme de Johnnie To a de quoi exaspérer (ou pas) : on regrette par exemple que le jeu de caméra hésite entre plans inventifs et très conventionnels. Face à cela, beaucoup d'autres aspects sont indéniablement réussis, telle l'ambiance qui nous est imposée : un quartier de Hong Kong, toujours le même, dans une nuit moite et bleutée, rappelant Michael Mann ou, plus proche de Johnnie To, Ringo Lam.

La bande originale, essentiellement composée de guitare électrique en sourdine, de sons aigus et pourtant si discrets, ne fait que renforcer l'approche intimiste voulue par le réalisateur.

Côté casting, Simon Yam, froid et distant en chef de l'unité de police refusant de laisser tomber un collègue, est excellent, qui s'en étonnera ? Lam Suet trouve sans nul doute ici son meilleur personnage, et ne cessera de reprendre le même type de rôle dans les films suivants de Johnnie To : le personnage rondouillard, bourru, un Hardy sans Laurel parfait pour illustrer l'humour si particulier du réalisateur. Quant à la hiérarchie, illustrée ici par deux femmes fortes, jouées par Ruby Wong et Maggie Siu, elles remplissent parfaitement leur fonction : cassantes, froides, incorruptibles. La métaphore féminine de l'autorité transparaissant à travers ces deux personnages est forte, puisque parallèlement, tous les hommes trempent dans des affaires louches.

Côté bonus, on a droit à du classique très efficace : interviews plutôt longues de Johnnie To, Lam Suet et Simon Yam, filmographies, galeries.

PTU est un quasi huis-clos très pesant, dans le bon sens du terme. Mais les spectateurs non habitués du genre passeront sans aucun doute totalement à côté du film. Gageons que PTU est en effet un peu élitiste, dans la mesure où il s'avère hyperconventionnel a priori, et que ce sont en fait une multitude de petits détails qui changent la donne. Le côté intimiste et tranches-de-vie guide en réalité tout le film. Le rythme lent, la perte de clarté dans les personnages rencontrés et l'image très classique contrastent avec des aspects excellents tels l'idée de l'unité spatio-temporelle, le dénouement de l'intrigue tenant sur quelques heures, l'humour garanti 100% Johnnie To qui se mêle parfaitement à l'intrigue, et toutes les idées enrichissant le genre. PTU est largement surestimé, mais demeure indispensable au regard de ce qu'il représente pour le genre. Ne voir qu'en lui un formidable brouillon des deux films suivants de Johhnie To (Election I et II) serait faux, mais le considérer comme une révolution l'est tout autant. Tout simplement un très bon film, et du cinéma très riche, rempli de trouvailles, mais réservé aux amateurs du genre.

Source: Manga News


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