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 [Chronique] J'ai rencontré le Diable

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Sasuke
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MessageSujet: [Chronique] J'ai rencontré le Diable   Jeu 10 Nov - 15:48

J'ai rencontré le diable est sorti cette semaine en DVD et Blu-ray. Que vous soyez fans de cinéma sud-coréen ou de polar en général, nous vous invitons à vous ruer sur ce thriller noirissime et ultra-violent, qui montre encore une fois que le cinéma du pays du Matin calme n'a pas dit son dernier mot (ou devrait-on dire « maux » ?).

Nous espérons que la chronique que nous vous proposons aujourd'hui saura vous donner envie de voir le nouveau chef d'oeuvre du genre. Chronique de Rogue Aerith (garantie sans spoiler).



L'agent secret Kim Soo-Hyun (Lee Byung-Hun) est confronté à la disparition de sa fiancée, assassinée et découpée en morceaux par un prédateur sexuel et tueur en série, Kyung-Chul (Choi Min-Sik). Décidé à se faire justice lui-même, Soo-Hyun jure à sa femme de faire souffrir son assassin autant qu'il l'a faite souffrir. Il va le chasser, le trouver, le torturer. C'est ainsi que débute un long jeu du chat et de la souris, durant lequel Soo-Hyun décide de diminuer un petit peu plus son adversaire chaque fois qu'il le croise. Mais dans ce jeu pervers où chacun joue avec l'autre, qui est vraiment le monstre ?

Après une très belle plongée dans le thriller avec A Bittersweet life et un western spaghetti à la coréenne avec le très surprenant Le Bon, la Brute, le Cinglé, Kim Jee-Woon a décidé de s'attaquer à un genre fétiche en Corée du Sud, grâce auquel se sont illustrés bon nombre de cinéastes : le « vigilante », soit le film de vengeance nihiliste et violent. Un challenge très relevé tant on a vu de chefs d'oeuvre se succéder dans les années 2000, notamment la trilogie de la vengeance de Park Chan-Wook et les pépites de Bong Joon-Ho. Pari réussi ? Oh que oui, et de quelle manière... Vous pensiez avoir tout vu ? Vous avez tout faux !

Le scénario de J'ai rencontré le diable est classique. On craint même qu'il le soit trop : un agent secret, dont la petite amie a été tuée, se lance à la poursuite de l'assassin. Ce synopsis simpliste ne rend le film que plus redoutable. En effet, en partant d'un scénario basique voire bateau, Kim Jee-Woon tire la quintessence du genre. L'objectif est clair et net : montrer la descente aux enfers de Kim Soo-Hyun, qui en voulant faire souffrir Kyung-Chul, finit par ressembler à son ennemi en devenant comme lui, voire pire. L'intérêt du film est dans la confusion psychologique entre les deux protagonistes principaux, l'un complètement malade et dangereux, l'autre glissant vers la folie après avoir perdu l'être le plus cher à ses yeux. Dès l'ouverture, Nietzsche est cité (« Que celui qui lutte avec des monstres veille à ce que cela ne le transforme pas en monstre. Si tu regardes longtemps au fond de l'abîme, l'abîme aussi regarde au fond de toi »). La question sera : qui est véritablement le diable ? Dans la réponse qui est apportée, on ne peut déceler aucune maladresse, car les interprétations divergent. On peut considérer que Soo-Hyun rencontre son diable intérieur, rencontre un diable de chair et d'os en la personne de Kyung-Chul, tandis que ce dernier rencontre le compagnon de jeu tant attendu mais qui finit par vraiment l'impressionner. 3 diables possibles donc. J'ai rencontré le diable, contrairement à un Lady Vengeance de Park Chan-Wook par exemple, n'est pas une ode à la vengeance privée. Kim Soo-Hyun sombrant dans la folie, le spectateur prend un plaisir pervers à le voir se défouler sur Kyung-Chul. Mais au fur et à mesure des situations, toujours plus violentes, on finit par comprendre que Soo-Hyun ne s'en remettra pas. Mais il n'y a finalement pas grand chose à dire sur le schéma narratif du film, si ce n'est que c'est une réussite. Combattre le mal par le mal paraît avec Kim Jee-Woon presque facile à filmer. Il a soigné la psychologie de ses personnages, et parvient à faire basculer un homme stable dans les limbes, tandis que l'autre est sans limites dans sa folie meurtrière. Pas de surprises, le réalisateur a maîtrisé son sujet.

Le point le plus remarquable de J'ai rencontré le diable serait davantage à chercher dans la mise en scène. Rappelons le postulat du cinéaste : concevoir un « vigilante », plus noir que noir, alors que bon nombre de ses collègues sont déjà passés avant lui. Comment se démarquer ? En faisant du Kim Jee-Woon. Et cela consiste en quoi ? A faire dans la surenchère la plus absolue, qui pour le spectateur se trouve être la plus jouissive et délicieuse qui soit. Dans J'ai rencontré le diable, il y a tout. Il y a même volontairement trop. Na Hong-Jin dans The Chaser s'était légèrement brûlé les ailes en en faisant un peu trop. Kim Jee-Woon incendie littéralement son film en nous sortant du quasi-grandiloquent et du presque invraisemblable, tant ce qui se passe devant nos yeux est folie. Cela marche pour 90% du film, tandis que les 10% restants sentent hélas un peu le cramé. Pour apprécier le film, il faudra d'ailleurs en accepter les codes, ceux du polar noirissime : entrer dans un monde pessimiste, dans lequel vous pouvez trouver aussi bien la petite amie innocente (plus douce et adorable, tu meurs) ou le serial killer le plus infâme qui soit. C'est manichéen, c'est du thriller sud-coréen. On aime, ou on déteste, sans doute. Du côté des réussites, notons un humour noir qui s'implémente à merveille, subissant comme tous les autres éléments du film le syndrome du « toujours plus ». Le spectateur se surprend vraiment à passer à travers des états contradictoires, de scènes extrêmement violentes à un humour typiquement sud-coréen, à base de comique de situation et de tchatche mémorable, le tout intervenant dans des situations graves. Le mélange ne pose aucun problème, et c'est là le tour de force. En essayant de ne pas vous gâcher la surprise, tout en tentant de vous donner une envie irrépressible de voir le film néanmoins, j'évoquerai par exemple les fabuleuses rencontres entre Kyung-Chul et un taxi, ou avec un ami amateur de viande... juste cultes ! Ou encore la chasse de Kim Soo-Hyun menée contre des pervers qu'il soupçonne d'être l'assassin de sa fiancée... avec des punitions très personnalisées infligées à chaque fois. Sadiquement drôle.

Autre réussite, et certainement la plus mémorable : la violence, qui n'a jamais été aussi extrême dans un thriller sud-coréen. Et pour cause, Kim Jee-Woon a eu bien du mal avec la censure dans son pays comme à l'international. Beaucoup de scènes ont été revues, coupées, annulées. A titre de comparaison, on se situe à un degré nettement au-dessus des films de Park Chan-Wook, qui sont déjà bien costauds. Les visages tuméfiés, les membres découpés, le sang qui gicle, les coups, les dialogues glaçants, pullulent. Kim Jee-Woon choisit habilement ses angles de caméra pour nous montrer au plus près les atrocités, il ne nous épargne rien, et tout est filmé avec un réalisme insoutenable et un voyeurisme choisi. J'ai rencontré le diable pousse la violence tellement loin que la frontière avec le film d'horreur devient ténue. Mais celle-ci subsiste dans la mesure où Kim Jee-Woon n'a jamais l'intention de faire peur : ce ne sont pas les situations qui paralysent véritablement le spectateur mais plus la psychologie des personnages.

Pourtant, quelques détails font tache. Si on accepte complètement le parti-pris exagéré de l'ensemble du film, on doit accepter aussi que celui-ci tire en longueur sur sa fin et tende vers des situations quand même peu crédibles. C'est le cas de l'incompétence et de l'inertie des services de police, complètement à la masse. Kim Jee-Woon a voulu trop en faire en reprenant la mode, vue notamment chez ses collègues Bong Joon-Ho et Na Hong-Jin, de dénonciation de l'institution. Au-delà de cette maladresse, Kim Jee-Woon est de même parfois un peu présomptueux, à savoir que son audace paie une fois sur deux. Par exemple, la puissance de la scène du crématorium n'est pas celle observée dans un Sympathy for Mr Vengeance, qui reste LA référence. Lee Chang-Dong avait déjà tenté de reproduire une scène dans le même lieu dans Secret sunshine, et ce n'était pas bon ! Dans le cas de J'ai rencontré le diable, on ne peut pas dire que cette scène soit mauvaise, mais elle ne nous plonge pas dans un état de profond malaise comme a pu le faire Mr Vengeance. Restons d'ailleurs sur Mr Vengeance, dont Kim Jee-Woon s'est beaucoup inspiré, ayant repris une autre scène forte, qu'il a cette fois-ci transcendée : sans trop vous en dévoiler, il est question de tendons... Sachez qu'il s'agit de l'une des scènes qui font vraiment leur « petit » effet dans un cinéma... Les demoiselles ferment les yeux, n'en pouvant plus, et les hommes supportent, car il faut bien (c'est du vécu).

Face à cet aspect « toujours plus » qui est clairement la ligne directrice de Kim Jee-Woon tout au long de son film, il faut avouer que les initiés n'auront jamais été aussi envieux des profanes, des individus vierges de tout intérêt pour le thriller sud-coréen. Les premiers voient bien que leur connaissance du genre est ici un handicap. Car J'ai rencontré le diable est parfois prévisible pour les habitués. Les ficelles sont tellement grosses, et paradoxalement restent si efficaces, qu'on en vient forcément à penser que le film de Kim Jee-Woon a tout du modèle du genre. Si l'on devait conseiller un seul thriller ou vigilante sud-coréen à un profane, j'hésiterai personnellement entre le Memories of murder de Bong Joon-Ho et ce J'ai rencontré le diable. D'un côté un film d'une maîtrise narrative ultime, de l'autre une oeuvre qui regroupe tout, en fait toujours plus jusqu'à plus soif, enveloppé dans une débauche de violence... Les deux films sachant rester tout à fait personnels, il est bien difficile de choisir.

Pour endosser des rôles si complexes, Kim Jee-Woon a dû s'entourer de deux acteurs plus qu'imposants. L'un n'avait déjà plus rien à prouver depuis Ivre de femmes et de peinture et le fameux Old boy : c'est ainsi que Choi Min-Sik endosse le rôle du serial killer. Chacune de ses apparitions à l'écran glace le sang. On évoquait précédemment le fait que J'ai rencontré le diable s'apparente parfois à un film d'horreur... il se trouve que c'est le jeu terrifiant de cet acteur qui oriente tout le film vers ce genre, puisqu'à chaque fois que l'on suit Kyung-Chul, on a l'impression que tout peut arriver. On se rappelle avoir regretté que Choi Min-Sik ait été placé trop en retrait dans le rôle du pervers de Lady Vengeance de Park Chan-Wook. L'acteur tient ici sa revanche, car il explose l'écran de sa rage. Parfait, cet acteur semble pouvoir tout accepter de la part d'un réalisateur pour se retrouver ainsi dans un état de telle déchéance physique et morale : laid, fou, sale, furieux, dangereux ! Les amateurs de Old Boy seront absolument ravis ! Après avoir vu J'ai rencontré le diable, on n'hésite plus à parler de Choi Min-Sik comme l'un des meilleurs acteurs coréens de sa génération, prêt à détrôner Song Kang-Ho, si ce n'est déjà fait ! Pour lui faire face, Kim Jee-Woon a de nouveau fait confiance à son acteur fétiche, Lee Byung-Hun, et il a eu raison. Ce dernier reprend son jeu très uniforme d'A Bittersweet life. Il s'avère terriblement efficace, et plus encore. Lee Byung-Hun a la particularité d'être particulièrement expressif, ce qui donne une puissance certaine à bon nombre de scènes. Une est particulièrement saisissante, en tout début de film, lors de la découverte de sa petite amie... son jeu ne variera plus par la suite, Lee Byung-Hun se contentant d'être sauvage, froid et calculateur. Ce jeune acteur a énormément de présence à l'écran, on a qu'une hâte : le voir dans des films d'un autre genre que le thriller ou le vigilante, histoire de voir si son aura peut encore augmenter. Grâce à ce duo infernal, le climat est oppressant à un point rarement vu. A titre personnel, c'est évident, je suis un habitué du genre et éprouve rarement des sueurs froides... et bien je peux remercier Kim Jee-Woon pour m'en avoir procuré pas mal.

L'une des énormes qualités du film est aussi de faire passer la violence à travers l'esthétique. On se trouve à l'opposé du film-carte postale. Des pavillons urbains, des routes, des ponts, des forêts sordides, des intérieurs sales et surtout une neige envahissante. Ambiance malsaine, photo crasseuse : en extérieur, on se croirait dans Resident Evil 4 ; en intérieur, on se croirait dans Silent Hill. Pour pousser encore plus loin la métaphore dans le jeu vidéo, on appréciera la scène dantesque de la première rencontre entre Soo-Hyun et Kyung-Chul, dans une serre remplie de plantes tropicales, contrastant avec la nuit terne qui règne à l'extérieur. La confrontation qui suit est phénoménale. Kim Jee-Woon pousse son savoir-faire encore plus loin en stylisant à outrance le look de Soo-Hyun, emmitouflé dans le même blouson pendant tout le film. Ses interventions pour punir Kyung-Chul chaque fois qu'il s'apprête à commettre l'irréparable sont géniales, absolument géniales, d'autant plus que Lee Byung-Hun, avec son visage fermé et imperturbable malgré la violence qu'il déchaîne, apparaît vraiment tel un héros ou une divinité vengeresse. Les références aux comics, à la mythologie grecque, ou au jeu vidéo (le Nemesis dans Resident 3 !) sont à peine voilées. De plus, les jeux de caméra sont tout aussi aboutis que dans le Bon, la Brute et le Cinglé, avec des jeux de lumière, la succession des plans, la recherche de l'innovation dans les angles.

L'éditeur a été avare en bonus même si on ne se plaindra pas de ceux disponibles : les classiques bandes-annonces et un making-of. Ce dernier n'est pas très long mais permet d'entrevoir l'essentiel des coulisses du tournage, à savoir qu'en dépit de la violence du film, tout le monde paraît détendu sur le plateau. On a droit surtout à quelques phrases fortes du réalisateur et des acteurs (exemple avec une phrase de Kim Jee Woon : « J’observe l’énergie primitive qui surgit du clash entre la folie furieuse et la démence glaciale »), tout en abnégation et en rigueur dans leur travail.

Après un film comme J'ai rencontré le diable, le « vigilante » doit désormais se réinventer s'il veut de nouveau surprendre. C'est là le nouveau défi pour les jeunes réalisateurs du pays du Matin calme, tandis que les plus vieux n'oseront pas se lancer dans ce genre devenu casse-gueule. Ce genre est saturé, du sang neuf est maintenant demandé... sans mauvais jeu de mots ! J'ai rencontré le diable, misanthrope et glacial, s'impose en tous cas non seulement comme un incontournable mais surtout comme l'apogée et l'aboutissement d'un genre.

Source: Manga News


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